venerdì 11 novembre 2022

C - 33 DIMANCHE T.O.


 

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  1. Livre de Malachie 3,19-20a.
    Voici que vient le jour du Seigneur, brûlant comme la fournaise. Tous les arrogants, tous ceux qui commettent l’impiété, seront de la paille. Le jour qui vient les consumera, – dit le Seigneur de l’univers –, il ne leur laissera ni racine ni branche.
    Mais pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement. »
    Psaume 98(97),5-6.7-8.9.
    Jouez pour le Seigneur sur la cithare,
    sur la cithare et tous les instruments ;
    au son de la trompette et du cor,
    acclamez votre roi, le Seigneur !

    Que résonnent la mer et sa richesse,
    le monde et tous ses habitants ;
    que les fleuves battent des mains,
    que les montagnes chantent leur joie.

    Acclamez le Seigneur, car il vient
    pour gouverner la terre,
    pour gouverner le monde avec justice
    et les peuples avec droiture !
    Deuxième lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens 3,7-12.
    Frères, vous savez bien, vous, ce qu’il faut faire pour nous imiter. Nous n’avons pas vécu parmi vous de façon désordonnée ;
    et le pain que nous avons mangé, nous ne l’avons pas reçu gratuitement. Au contraire, dans la peine et la fatigue, nuit et jour, nous avons travaillé pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous.
    Bien sûr, nous avons le droit d’être à charge, mais nous avons voulu être pour vous un modèle à imiter.
    Et quand nous étions chez vous, nous vous donnions cet ordre : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus.
    Or, nous apprenons que certains d’entre vous mènent une vie déréglée, affairés sans rien faire.
    À ceux-là, nous adressons dans le Seigneur Jésus Christ cet ordre et cet appel : qu’ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu’ils auront gagné.
    Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 21,5-19.
    En ce temps-là, comme certains parlaient du Temple, des belles pierres et des ex-voto qui le décoraient, Jésus leur déclara :
    « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. »
    Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il ? Et quel sera le signe que cela est sur le point d’arriver ? »
    Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : “C’est moi”, ou encore : “Le moment est tout proche.” Ne marchez pas derrière eux !
    Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne soyez pas terrifiés : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas aussitôt la fin. »
    Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume.
    Il y aura de grands tremblements de terre et, en divers lieux, des famines et des épidémies ; des phénomènes effrayants surviendront, et de grands signes venus du ciel. »
    Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom.
    Cela vous amènera à rendre témoignage.
    Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense.
    C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer.
    Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous.
    Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom.
    Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.
    C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. »

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  2. PAROLES DU SAINT PÈRE
    Et quelle est l’attitude du chrétien? C’est l’attitude de l’espérance en Dieu, qui permet de ne pas se laisser abattre par des événements tragiques. Au contraire, ils sont une occasion de «rendre témoignage» (cf. v. 13). Les disciples du Christ ne peuvent pas être esclaves de peurs et d’angoisses; ils sont appelés au contraire à habiter l’histoire, à endiguer la force destructrice du mal, dans la certitude que la tendresse providentielle et rassurante du Seigneur accompagne toujours son action de bien. Tel est le signe éloquent que le Royaume de Dieu vient à nous, c’est-à-dire que la réalisation du monde comme Dieu le veut se rapproche. C’est Lui, le Seigneur, qui conduit notre existence et connaît la fin ultime des choses et des événements. (Angélus, 17 novembre 2019)

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  3. FAUSTI- Cette grande Apocalypse concerne le destin cosmique, "notre" histoire qui se terminera avec la fin du monde. La révélation ne signifie pas "désastre", mais "révélation" de quelque chose d'inconnu.
    Ces Paroles de Jésus ne révèlent pas quelque chose d'étrange et d'occulte, mais le sens profond de la réalité présente. Ils enlèvent le voile que nos peurs et nos erreurs ont mis devant nos yeux, et nous permettent de voir cette vérité qui est la Parole définitive de Dieu sur le monde.
    Le langage apocalyptique est coloré de couleurs fortes et paradoxales. Mais la vérité n'est-elle pas paradoxale, au-delà de toute opinion ?
    La première intention des évangélistes est de montrer que nous n'allons pas vers la fin, mais vers le bout.
    La dissolution de l'ancien monde est en même temps la naissance du nouveau.
    Luc est particulièrement soucieux de montrer la relation que l'objectif final a avec notre chemin actuel.
    Dieu réalise Son plan dans cette histoire avec ses contradictions : le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus, la plénitude du Royaume, continue dans la vie des disciples.
    Sa croix est déjà le jugement sur l'ancien monde ; le disciple est appelé à la revivre dans le présent comme une semence de gloire future, dans l'attente de Son retour. Jésus ne satisfait pas la curiosité pour l'avenir. Nous Lui demandons "quand" sera la fin du monde et quels "signes".
    Mais Il a refusé et refusera toujours de répondre. Il est venu nous enseigner que le monde a dans le Père son commencement et sa fin, et il nous appelle à vivre le présent de ce point de vue, le seul qui donne sens à la vie.
    Jésus veut aussi dissiper les angoisses et l'alarmisme à propos de la fin du monde, qui prospèrent partout et ne font que du mal.
    L'homme, seul vivant conscient de ses propres limites, après le péché se laisse guider par la peur de la mort. Elle triomphe précisément dans la volonté d'être sauvé à tout prix, à l'origine de l'égoïsme et de tout mal.
    Jésus offre l'alternative d'une vie qui se laisse guider par la confiance dans le Père, dans une attitude de don et d'amour, qui a déjà vaincu la mort.
    Le Fils de Dieu, qui s'est fait Chair, nous a révélé la destinée de toute chair : son chemin comme Fils de l'homme est celui de tout homme et du monde entier, son mystère de mort et de résurrection est la vérité du présent dans son avenir. Se demandant "quand et quels sont les signes de la destruction du temple, les disciples entendent la fin du monde.
    En réalité, ce n'est pas la fin du monde, c'est un événement historique exemplaire, une figure de chaque moment de crise, qui constitue un défi pour le croyant, appelé à rendre témoignage à son Seigneur.
    Le bannissement aux faux espoirs d'une fin imminente. Les signes allégués de la fin sont toutes les choses qui se produisent "avant". sont les ingrédients normaux de notre existence avant la fin.
    Ni les guerres, ni les révoltes, ni les grands signes, ni le siège et la destruction de Jérusalem ne préfigurent la fin : ils ne sont que le début du "temps des païens", une nouvelle page du temps du salut, désormais ouverte à tous.
    Le véritable indice que le Royaume est proche et que l'événement humain est en voie d'achèvement est plutôt le témoignage des disciples, qui suivent et proclament leur Seigneur dans ce monde du mal, faisant de ce monde le lieu du Salut.
    L'univers va se terminer. Parce que ce qui commence, finit. Cependant, la victoire ne sera pas du mal, mais de la fidélité de Dieu à Son Amour pour nous. La résurrection du Crucifié nous donne la certitude : la pierre jetée par les bâtisseurs est devenue une tête d'angle.
    Mais le royaume ici-bas sera toujours comme une semence : il porte du fruit parce qu'il est petit, pris, jeté et caché.
    Il portera toujours les traits du Visage du Fils de l'Homme, délivré pour nous à la mort de croix.
    Mais ne vous découragez pas : c'est Sa victoire !
    Le plan du salut se réalise précisément par la croix. "Il est nécessaire de traverser de nombreuses tribulations pour entrer dans le royaume de Dieu" (At 14:22). Celles-ci nous associent à Jésus.

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  4. MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS

    6 JOURNÉE MONDIALE DES PAUVRES

    13-11- 2022,

    Jésus Christ s’est fait pauvre à cause de vous (cf. 2 Co 8, 9)



    1. « Jésus-Christ [...] s’est fait pauvre à cause de vous » (cf. 2 Co 8, 9). C’est par ces paroles que l’Apôtre Paul s’adresse aux premiers chrétiens de Corinthe, pour donner un fondement à leur engagement de solidarité envers leurs frères dans le besoin. La Journée Mondiale des Pauvres revient cette année encore comme une saine provocation pour nous aider à réfléchir sur notre style de vie et sur les nombreuses pauvretés actuelles.

    Il y a quelques mois, le monde sortait de la tempête de la pandémie en montrant des signes de reprise économique qui aurait soulagé des millions de personnes appauvries par la perte de leur emploi. S’ouvrait une perspective de sérénité, qui, sans faire oublier la douleur de la perte des proches, promettait de pouvoir enfin revenir aux relations interpersonnelles directes, de se rencontrer à nouveau sans contraintes ni restrictions. Et voici qu’une nouvelle catastrophe s’est présentée à l’horizon, destinée à imposer au monde un scénario différent.

    La guerre en Ukraine est venue s’ajouter aux guerres régionales qui, ces dernières années, ont semé mort et destructions. Mais ici, le cadre se présente de manière plus complexe à cause de l’intervention directe d’une "superpuissance" qui entend imposer sa volonté contre le principe d’autodétermination des peuples. Des scènes de tragique mémoire se répètent et, une fois de plus, les chantages réciproques de certains puissants couvrent la voix de l’humanité qui appelle à la paix.

    2. Combien de pauvres l’absurdité de la guerre engendre- t-elle ! Partout où l’on regarde, on constate combien la violence frappe les personnes sans défense et les plus faibles ; déportations de milliers de personnes, surtout des garçons et des filles, pour les déraciner et leur imposer une autre identité. Les paroles du Psalmiste face à la destruction de Jérusalem et à l’exil des jeunes juifs redeviennent actuelles : « Au bord des fleuves de Babylone / nous étions assis et nous pleurions/ nous souvenant de Sion. / Aux saules des alentours / nous avions pendu nos harpes, /c'est là que nos vainqueurs / nous demandèrent des chansons, / et nos bourreaux, des airs joyeux / […] Comment chanterions-nous un chant du Seigneur / sur une terre étrangère ? » (Ps 137, 1-4).

    Des millions de femmes, d’enfants et de personnes âgées sont contraints de braver le danger des bombes en cherchant refuge pour se mettre à l’abri dans les pays voisins, en tant que personnes déplacées. Ceux qui restent dans les zones de conflit vivent chaque jour avec la peur et le manque de nourriture, d’eau, de soins médicaux et surtout d’affection. Dans ces circonstances, la raison s’obscurcit et ce sont les personnes ordinaires qui en subissent les conséquences, et qui viennent s’ajouter au nombre déjà élevé de pauvres. Comment donner une réponse adéquate capable d’apporter soulagement et paix à tant de personnes laissées à la merci de l’incertitude et de la précarité?

    3. La 6ème Journée Mondiale des Pauvres se place dans ce contexte si contradictoire, avec l’invitation – reprise de l’Apôtre Paul – à garder le regard fixé sur Jésus qui, « de riche, s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté » (2 Co 8, 9). Lors de sa visite à Jérusalem, Paul avait rencontré Pierre, Jacques et Jean qui lui avaient demandé de ne pas oublier les pauvres. La communauté de Jérusalem, en effet, se trouvait dans de graves difficultés à cause de la famine qui avait frappé le pays. Et l’Apôtre s’était immédiatement occupé d’organiser une grande collecte en faveur de ces pauvres. Les chrétiens de Corinthe se montrèrent très sensibles et disponibles. Sur les indications de Paul, chaque premier jour de la semaine, ils rassemblaient ce qu’ils avaient pu économiser et tous étaient très généreux.

    Nous aussi, au cours de la célébration de la sainte Eucharistie, nous accomplissons le même geste ...

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  5. 4. Revenant à la communauté de Corinthe, l’engagement commença à faiblir après l’enthousiasme initial, et l’initiative proposée par l’Apôtre perdit de son élan. C’est la raison qui poussa Paul à écrire avec passion pour relancer la collecte : « Allez jusqu’au bout de la réalisation : comme vous avez mis votre ardeur à prendre cette décision, ainsi vous irez jusqu’au bout, selon vos moyens » (2 Co 8, 11).

    Je pense en ce moment à la disponibilité de populations entières qui, ces dernières années, ont ouvert leurs portes pour accueillir les millions de réfugiés des guerres au Moyen-Orient, en Afrique centrale et maintenant en Ukraine. Les familles ont ouvert largement leurs maisons pour faire de la place à d’autres familles, et les communautés ont accueilli avec générosité nombre de femmes et d’enfants pour leur offrir la dignité qui leur est due. Cependant, plus le conflit se prolonge, plus ses conséquences s’aggravent. Les peuples qui accueillent ont de plus en plus de mal à assurer la continuité du secours ; les familles et les communautés commencent à ressentir le poids d’une situation qui va au-delà de l’urgence. C’est le moment de ne pas faiblir et de renouveler la motivation initiale. Ce que nous avons commencé doit être achevé avec la même responsabilité.

    5. La solidarité, en effet, c’est précisément ceci : partager le peu que nous avons avec ceux qui n’ont rien, afin que personne ne souffre. Plus grandit le sens de la communauté et de la communion comme style de vie, et plus la solidarité se développe. D’ailleurs, il faut considérer qu’il y a des pays où, au cours de ces décennies, s’est réalisée une croissance significative de bien-être pour de nombreuses familles, qui ont atteint une sûreté de vie. C’est un résultat positif de l’initiative privée et des lois qui ont soutenu la croissance économique, associées à une incitation concrète aux politiques familiales et à la responsabilité sociale. Le patrimoine de sécurité et de stabilité atteint peut maintenant être partagé avec ceux qui ont été contraints de quitter leur maison et leur pays pour se sauver et survivre. En tant que membres de la société civile, maintenons vif l’appel aux valeurs de liberté, de responsabilité, de fraternité et de solidarité. Et comme chrétiens, retrouvons toujours dans la charité, dans la foi et dans l’espérance le fondement de notre être et de notre agir.

    6. Il est intéressant d’observer que l’Apôtre ne veut pas contraindre les chrétiens en les obligeant à une œuvre de charité. Il écrit en effet : « Ce n’est pas un ordre que je donne » (2 Co 8, 8). Au contraire, il entend « vérifier l’authenticité » de leur amour dans l’attention et la sollicitude aux pauvres (cf. ibid.). Le fondement de la demande de Paul est certainement la nécessité d’une aide concrète, mais son intention va plus loin. Il invite à réaliser la collecte afin qu’elle soit signe de l’amour, comme Jésus Lui-même en a témoigné. En somme, la générosité envers les pauvres trouve sa motivation la plus forte dans le choix du Fils de Dieu qui a voulu se faire pauvre Lui-même.

    L’Apôtre, en effet, ne craint pas d’affirmer que ce choix du Christ, son “dépouillement”, est une « grâce », voire « la libéralité de notre Seigneur Jésus-Christ » (2 Co 8, 9), et ce n’est qu’en l’accueillant que nous pouvons donner une expression concrète et cohérente à notre foi. L’enseignement de tout le Nouveau Testament trouve son unité autour de ce thème qui se reflète également dans les paroles de l’apôtre Jacques : « Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion. Car si quelqu’un écoute la Parole sans la mettre en pratique, il est comparable à un homme qui observe dans un miroir son visage tel qu’il est, et qui, aussitôt après, s’en va en oubliant comment il était. Au contraire, celui qui se penche sur la loi parfaite, celle de la liberté, et qui s’y tient, lui qui l’écoute non pour l’oublier, mais pour la mettre en pratique dans ses actes, celui-là sera heureux d’agir ainsi » (Jc 1, 22-25).

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  6. 7. Face aux pauvres, on ne fait pas de rhétorique, mais on se retrousse les manches et on met la foi en pratique par une implication directe qui ne peut être déléguée à personne. Parfois, une forme de relâchement peut prendre le dessus, conduisant à des comportements incohérents, comme l’indifférence envers les pauvres. Il arrive aussi que certains chrétiens, par attachement excessif à l’argent, s’enlisent dans le mauvais usage des biens et du patrimoine. Ce sont des situations qui manifestent une foi faible et une espérance molle et myope.

    Nous savons que le problème n’est pas l’argent lui-même, car il fait partie de la vie quotidienne des personnes et des relations sociales. Ce sur quoi nous devons réfléchir, c’est plutôt la valeur que l’argent a pour nous : il ne peut pas devenir un absolu, comme s’il était le but principal. Un tel attachement empêche de regarder de manière réaliste la vie de tous les jours et brouille le regard en empêchant de voir les besoins des autres. Rien de plus néfaste ne peut arriver à un chrétien ou à une communauté que d’être ébloui par l’idole de la richesse qui finit par enchaîner à une vision de la vie éphémère et défaillante.

    Il ne s’agit donc pas d’avoir un comportement d’assistance envers les pauvres, comme c’est souvent le cas ; il faut au contraire s’engager pour que personne ne manque du nécessaire. Ce n’est pas l’activisme qui sauve, mais l’attention sincère et généreuse permettant de s’approcher d’un pauvre comme d’un frère qui tend la main, me faisant sortir de la torpeur dans laquelle je suis tombé. Par conséquent, « personne ne devrait dire qu’il reste loin des pauvres parce que ses choix de vie lui font porter davantage d’attention à d’autres tâches. Ceci est une excuse fréquente dans les milieux académiques, d’entreprise ou professionnels, et même ecclésiaux. […] Personne ne peut se sentir exempté de la préoccupation pour les pauvres et pour la justice sociale ». Il est urgent de trouver de nouvelles voies qui puissent dépasser l’idée de ces politiques sociales « conçues comme une politique vers les pauvres, mais jamais avec les pauvres, jamais des pauvres, et encore moins insérée dans un projet réunissant les peuples . Il faut plutôt tendre à adopter l’attitude de l’Apôtre qui pouvait écrire aux Corinthiens : « Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité » (2 Co 8, 13).

    8. Il y a un paradoxe difficile à accepter, aujourd’hui comme hier, car il se heurte à la logique humaine : il y a une pauvreté qui rend riche. Rappelant la “grâce” de Jésus-Christ, Paul veut confirmer ce qu’il a lui-même prêché, à savoir que la vraie richesse ne consiste pas à accumuler « de trésors sur la terre, là où les mites et les vers les dévorent, où les voleurs percent les murs pour voler » (Mt 6, 19), mais se trouve dans un amour mutuel qui fait porter les fardeaux les uns des autres afin que personne ne soit abandonné ou exclu. ... Le message de Jésus nous montre la voie et nous fait découvrir qu’il existe une pauvreté qui humilie et tue, et qu’il existe une autre pauvreté, la sienne, qui libère et rend serein.

    La pauvreté qui tue, c’est la misère, fille de l’injustice, de l’exploitation, de la violence et de l’injuste répartition des ressources. C’est la pauvreté désespérée, sans avenir, parce qu’elle est imposée par la culture du rejet qui n’offre ni perspectives ni issues. C’est la misère qui, pendant qu’elle impose une condition d’extrême indigence, affecte aussi la dimension spirituelle, laquelle, même si elle est souvent négligée, existe cependant et compte. Quand la seule loi devient celle du calcul du gain au final, il n’existe plus de freins à la logique d’exploitation des personnes : les autres ne sont que des moyens. Le juste salaire, le juste horaire de travail n’existent plus, et de nouvelles formes d’esclavage sont créées, subies par des personnes qui n’ont pas d’alternative et qui doivent accepter cette injustice empoisonnée afin de grappiller un minimum pour leur subsistance.

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  7. La pauvreté qui libère, en revanche, est celle qui se place devant nous comme un choix responsable pour s’alléger du lest et se concentrer sur l’essentiel. ..Désireux de trouver ce qui peut les satisfaire, ils ont besoin d’être orientés vers les petits, les faibles, les pauvres pour comprendre finalement ce dont ils ont vraiment besoin. Rencontrer les pauvres permet de mettre fin à beaucoup d’anxiétés et de peurs inconsistantes, d’atteindre ce qui compte vraiment dans la vie et que personne ne peut nous voler : l’amour vrai et gratuit. Les pauvres, en réalité, avant d’être objet de notre aumône, sont des sujets qui nous aident à nous libérer des liens de l’inquiétude et de la superficialité.

    Un père et docteur de l’Église, saint Jean Chrysostome, écrivait : « Si vous ne croyez point que la pauvreté produise la richesse, pensez à votre Maître, et vous n’aurez plus de doute. Car s’il n’était pas devenu pauvre, vous ne seriez pas devenu riche. Chose étonnante pourtant, que la pauvreté ait enrichi la richesse ! C’est qu’ici, par le mot “richesse”, Paul entend la science de la piété, la purification de nos péchés, la justice, la sanctification, et les biens innombrables que Dieu nous a procurés »

    9. Le texte de l’Apôtre présente le grand paradoxe de la vie de foi : la pauvreté du Christ nous enrichit. Si Paul a pu donner cet enseignement – et l’Église le diffuser et en témoigner au fil des siècles – c’est parce que Dieu, en son Fils Jésus, a choisi et suivi cette voie. S’il s’est fait pauvre pour nous, alors notre vie elle-même en est illuminée et transformée, et acquiert une valeur que le monde ne connaît pas et ne peut donner. La richesse de Jésus c’est son amour qui ne se ferme à personne et va à la rencontre de tous, en particulier de ceux qui sont marginalisés et privés du nécessaire. Par amour, il s’est dépouillé et a assumé la condition humaine. Par amour, il est devenu un serviteur obéissant, jusqu’à mourir et mourir sur la croix (cf. Ph 2, 6-8). Par amour, il s’est fait « le pain de vie » (Jn 6, 35), afin que personne ne manque du nécessaire et puisse trouver la nourriture qui nourrisse pour la vie éternelle. Encore de nos jours, il semble difficile, comme ce l’était alors pour les disciples du Seigneur, d’accepter cet enseignement (cf. Jn 6, 60) ; mais la parole de Jésus est claire. Si nous voulons que la vie l’emporte sur la mort et que la dignité soit délivrée de l’injustice, le chemin c’est le sien : il consiste à suivre la pauvreté de Jésus-Christ, partageant la vie par amour, rompant le pain de son existence avec les frères et sœurs, en commençant par les derniers, ceux qui manquent du nécessaire, pour que l’égalité soit faite, pour que les pauvres soient délivrés de la misère et les riches de la vanité, toutes deux sans espérance.

    10. Le 15 mai dernier, j’ai canonisé Frère Charles de Foucauld, un homme qui, né riche, a tout abandonné pour suivre Jésus et devenir avec lui pauvre et frère de tous. Sa vie d’ermite, d’abord à Nazareth puis dans le désert saharien, faite de silence, de prière et de partage, est un témoignage exemplaire de pauvreté chrétienne. Il nous sera bon de méditer ses paroles : « Ne méprisons pas les pauvres, les petits ; non seulement ce sont nos frères en Dieu, mais ce sont ceux qui imitent le plus parfaitement Jésus dans sa vie extérieure : ils nous représentent parfaitement Jésus, l’Ouvrier de Nazareth. Ils sont les aînés parmi les élus, les premiers appelés au berceau du Sauveur. Ils furent la compagnie habituelle de Jésus, de sa naissance à sa mort. Honorons-les, honorons en eux les images de Jésus et de ses saints parents […]. Prenons pour nous [la condition] qu’il a prise pour lui-même […].Ne cessons jamais d’être en tout pauvres, des frères des pauvres, des compagnons des pauvres, soyons les plus pauvres des pauvres comme Jésus, et comme lui, aimons les pauvres et entourons-nous d’eux » [1]. Pour Frère Charles, ce ne furent pas seulement des mots, mais un style de vie concret l’amenant à partager avec Jésus le don même de la vie.

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