MESSE DU JOUR PREMIÈRE LECTURE « Tous furent remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 1-11) Lecture du livre des Actes des Apôtres
Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »
– Parole du Seigneur.
PSAUME (Ps 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34) R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre ! ou : Alléluia ! (cf. Ps 103, 30)
Bénis le Seigneur, ô mon âme ; Seigneur mon Dieu, tu es si grand ! Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur ! la terre s’emplit de tes biens.
Tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent à leur poussière. Tu envoies ton souffle : ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre.
Gloire au Seigneur à tout jamais ! Que Dieu se réjouisse en ses œuvres ! Que mon poème lui soit agréable ; moi, je me réjouis dans le Seigneur.
DEUXIÈME LECTURE « Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu » (Rm 8, 8-17) Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains
Frères, ceux qui sont sous l’emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais elle n’est pas envers la chair pour devoir vivre selon la chair. Car si vous vivez selon la chair, vous allez mourir ; mais si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez. En effet, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.
– Parole du Seigneur.
SÉQUENCE
Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière.
Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs.
Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur.
Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort.
Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles.
Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti.
Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.
Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.
À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés.
Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen
ÉVANGILE « L’Esprit Saint vous enseignera tout » (Jn 14, 15-16.23b-26) Alléluia. Alléluia. Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! Alléluia.
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS 5 juin 2022 Dans la dernière phrase de l’Évangile que nous avons écoutée, Jésus fait une affirmation qui nous donne de l’espérance et en même temps qui nous fait réfléchir. Il dit aux disciples : « L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 26). On est frappé par ce « toute chose » et ce « tout » ; et nous nous demandons : dans quel sens l’Esprit donne-t-il cette compréhension nouvelle et complète à ceux qui le reçoivent ? Ce n’est pas une question de quantité ni une question académique : Dieu ne veut pas faire de nous des encyclopédies ou des savants. Non. C’est une question de qualité, de perspective, de flair. L’Esprit nous fait tout voir d’une manière nouvelle, selon le regard de Jésus. Je l’exprimerais ainsi : dans le grand cheminement de la vie, il nous enseigne par où commencer, quels chemins emprunter et comment marcher.Il y a l’Esprit qui nous dit par où commencer, quel chemin prendre et comment marcher, le style du “comment marcher”.
Premièrement : par où commencer. En effet, l’Esprit nous montre le point de départ de la vie spirituelle. Quel est-il ? Jésus en parle dans le premier verset d’aujourd’hui, où il dit : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements » (v. 15). Si vous m’aimez, vous garderez : c’est la logique de l’Esprit. On pense souvent l’inverse : si nous gardons, nous aimons. Nous sommes habitués à penser que l’amour découle essentiellement de notre observance, de nos compétences, de notre religiosité. Au lieu de cela, l’Esprit nous rappelle que, sans amour à la base, tout le reste est vain. Et que cet amour ne naît pas tant de nos capacités, cet amour est son don. Il nous enseigne à aimer, et nous devons demander ce don. C’est l’Esprit d’amour qui met de l’amour en nous, c’est lui qui nous fait nous sentir aimés et qui nous apprend à aimer. Il est le “moteur” – en quelque sorte – de notre vie spirituelle.C’est lui qui fait tout bouger en nous. Mais si nous ne commençons pas par l’Esprit ou avec l’Esprit ou à travers l’Esprit, on ne peut pas se mettre en route.
Lui-même nous le rappelle, car il est la mémoire de Dieu, Celui qui nous rappelle toutes les paroles de Jésus (cf. v. 26). Et l’Esprit Saint est une mémoire active, qui allume et ravive l’affection de Dieu dans le cœur. Nous avons fait l’expérience de sa présence dans le pardon des péchés, lorsque nous avons été remplis de sa paix, de sa liberté, de sa consolation. Il est essentiel de nourrir cette mémoire spirituelle. Nous nous souvenons toujours de ce qui ne va pas : résonne souvent en nous cette voix qui nous rappelle les échecs et les insuffisances, qui nous dit : “Regarde, encore une chute, encore une déception, tu n’y arriveras jamais, tu n’en es pas capable”. C’est un refrain mauvais et méchant. L’Esprit Saint, en revanche, en rappelle tout autrement : “Tu es tombé ? Mais, tu es fils. Tu es tombé(e) ? Tu es fille de Dieu, tu es une créature unique, choisie, précieuse, tu es tombé(e), mais tu es toujours aimé(e) : même si tu as perdu confiance en toi, Dieu te fait confiance ! ». C’est la mémoire de l’Esprit, ce que l’Esprit nous rappelle continuellement : Dieu se souvient de toi. Tu perdras la mémoire de Dieu, mais Dieu ne t’oublie pas : il se souvient continuellement de toi.
--->.. Lui, le Consolateur, il est un esprit de guérison, il est Esprit de résurrection et il peut transformer ces blessures qui te brûlent à l’intérieur. Il nous apprend à ne pas effacer les souvenirs des personnes et des situations qui nous ont fait du mal, mais à les habiter de sa présence. Il a fait de même avec les Apôtres et avec leurs échecs. Ils avaient abandonné Jésus avant la Passion, Pierre l’avait renié, Paul avait persécuté les chrétiens : que d’erreurs, que de sentiments de culpabilité !Et nous, nous pensons à nos erreurs : que d’erreurs, que de sentiments de culpabilité ! Seuls, il n’y avait pas d’issue. Seuls, non ; avec le Consolateur oui. Parce que l’Esprit guérit les souvenirs : il guérit les souvenirs. Comment ? En remettant ce qui compte en tête de liste : le souvenir de l’amour de Dieu, son regard sur nous. Ainsi met-il de l’ordre dans la vie : il nous apprend à nous accueillir, il nous apprend à nous pardonner. Il n’est pas facile de se pardonner : l’Esprit nous enseigne cette route, il nous enseigne à nous réconcilier avec le passé. A recommencer. En plus de nous rappeler le point de départ, l’Esprit nous enseigne les chemins à emprunter. Il nous rappelle le point de départ, mais maintenant il nous enseigne quelle voie prendre. Nous l’apprenons de la deuxième Lecture, où saint Paul explique que ceux « qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu » (Rm 8, 14) « se conduisent non selon la chair mais selon l’Esprit » (v. 4). Autrement dit, l’Esprit, au carrefour de l’existence, suggère le meilleur chemin à suivre. Il est donc important de savoir discerner sa voix de celle de l’esprit du mal. Les deux nous parlent : apprendre à discerner pour comprendre où est la voix de l’Esprit, pour la reconnaître et suivre le chemin, suivre les choses qu’il nous dit.Donnons quelques exemples : l’Esprit Saint ne te dira jamais que tout va bien sur ton chemin. Il ne te dira jamais, parce que ce n’est pas vrai. Non, il te corrige, il t’amène aussi à pleurer tes péchés ; il te pousse à changer, à combattre tes mensonges et tes duplicités, même si cela demande des efforts, des luttes intérieures et des sacrifices. Le mauvais esprit, en revanche, te pousse à toujours faire ce que tu aimes et veux ; il t’amène à croire que tu as le droit d’utiliser ta liberté comme bon te semble. Mais alors, quand tu te retrouves avec le vide à l’intérieur – cette expérience de sentir le vide à l’intérieur est mauvaise : beaucoup d’entre nous l’ont ressenti ! – et toi, quand tu restes avec le vide à l’intérieur, il t’accuse : l’esprit mauvais t’accuse, il devient l’accusateur, et il te jette au sol, il te détruit. L’Esprit Saint, qui te corrige dans ton cheminement, ne te laisse jamais à terre, jamais, mais te prend par la main, te réconforte et t’encourage toujours.
Je suis heureux de célébrer avec vous cette Messe, animée aujourd’hui par le chœur de l’Académie de Sainte-Cécile et par l’orchestre des jeunes — que je remercie — en la solennité de Pentecôte. Ce mystère constitue le baptême de l’Eglise, c’est un événement qui lui a donné, pour ainsi dire, sa forme initiale et l’impulsion pour sa mission. Et cette «forme» et cette «impulsion» sont toujours valables, toujours actuelles, et elles se renouvellent en particulier à travers les actions liturgiques. Ce matin, je voudrais m’arrêter sur un aspect essentiel du mystère de la Pentecôte, qui est pour nous toujours aussi important. La Pentecôte est la fête de l’union, de la compréhension et de la communion humaine. Nous pouvons tous constater que dans notre monde, alors même que nous sommes toujours plus proches les uns les autres avec le développement des moyens de communication et que les distances géographiques semblent disparaître, la compréhension et la communion entre les personnes est souvent superficielle et difficile. Il demeure des déséquilibres qui conduisent assez souvent au conflit; le dialogue entre les générations devient difficile et parfois l’affrontement prévaut; nous assistons à des événements quotidiens où il semble que les hommes deviennent plus agressifs et plus méfiants; se comprendre les uns les autres semble demander trop d’efforts, et on préfère rester dans son propre «moi», dans ses propres intérêts. Dans ce contexte, pouvons-nous trouver véritablement et vivre cette unité dont nous avons besoin?
Le récit de la Pentecôte dans les Actes des apôtres, que nous avons écouté dans la première lecture (cf. Ac 2, 1-11), contient en arrière-plan l’une des histoires fondamentales que nous trouvons au commencement de l’Ancien Testament: l’histoire antique de la construction de la Tour de Babel (cf. Gn 11, 1-9). Mais qu’est-ce que Babel? C’est la description d’un royaume où les hommes ont accumulé tant de pouvoir qu’ils pensent pouvoir s’affranchir d’un Dieu lointain et être assez forts pour pouvoir construire tout seuls un chemin qui s’élève jusqu’au ciel, pour en ouvrir les portes et prendre la place de Dieu. Mais précisément dans ces circonstances, il arrive quelque chose d’étrange et de singulier. Tandis que les hommes travaillaient ensemble pour construire la tour, ils ont soudain réalisé qu’ils étaient en train de construire les uns contre les autres. Tandis qu’ils tentaient d’être comme Dieu, ils couraient le risque de n’être même plus des hommes, car ils avaient perdu un élément fondamental de l’être de la personne humaine: la capacité de se mettre d’accord, de se comprendre et d’œuvrer ensemble.
Ce récit biblique contient une vérité éternelle; nous le voyons dans l’histoire, mais aussi dans le monde actuel. Avec le progrès de la science et de la technique, nous avons acquis le pouvoir de dominer les forces de la nature, de manipuler les éléments, de fabriquer des êtres vivants, parvenant presque jusqu’à l’homme lui-même. Dans ce contexte, prier Dieu semble quelque chose de dépassé, d’inutile, parce que nous pouvons construire et réaliser nous-mêmes tout ce que nous voulons. Mais nous ne nous apercevons pas que nous sommes en train de revivre l’expérience de Babel. C’est vrai, nous avons multiplié les possibilités de communiquer, d’obtenir et de transmettre des informations, mais peut-on dire que la capacité de se comprendre s’est développée ou bien, paradoxalement, que l’on se comprend toujours moins? Ne semble-t-il pas que se répand entre les hommes un sentiment de méfiance, de soupçon, de peur mutuelle, à tel point que les hommes deviennent même dangereux les uns pour les autres? Revenons alors à la question initiale: peut-il vraiment exister l’unité, la concorde? Et comment?
--->Cela signifie accueillir en soi-même l’Eglise tout entière ou, mieux encore, la laisser nous accueillir intérieurement. Aussi, lorsque je parle, je pense, j’agis comme chrétien, je ne le fais pas en m’enfermant dans mon «moi», mais je le fais toujours dans le tout et à partir du tout: ainsi l’Esprit Saint, Esprit d’unité et de vérité, peut continuer à agir dans nos cœurs et dans les esprits des hommes, les poussant à se rencontrer et à s’accueillir réciproquement. C’est précisément en agissant ainsi, que l’Esprit nous introduit dans la vérité tout entière, qui est Jésus, qu’il nous guide pour l’approfondir, la comprendre: nous ne grandissons pas dans la connaissance en nous enfermant dans notre «moi», mais seulement en devenant capables d’écouter et de partager, seulement dans le «nous» de l’Eglise, dans une attitude de profonde humilité intérieure. Les raisons pour lesquelles Babel est Babel et la Pentecôte est la Pentecôte sont ainsi plus claires. Là où les hommes veulent se faire Dieu, ils ne peuvent que se dresser les uns contre les autres. Là où, au contraire, ils se placent dans la vérité du Seigneur, ils s’ouvrent à l’action de son Esprit qui les soutient et les unit. L’opposition entre Babel et Pentecôte est évoquée aussi dans la seconde lecture, dans laquelle l’Apôtre dit: «Laissez-vous mener par l’Esprit et vous ne risquerez pas de satisfaire la convoitise charnelle» (Gal 5, 16). Saint Paul nous explique que notre vie personnelle est marquée par un conflit intérieur, par une division, entre les pulsions de la chair et celles de l’Esprit; et nous ne pouvons pas toutes les suivre. En effet, nous ne pouvons pas être en même temps égoïstes et généreux, suivre la tendance à dominer les autres et éprouver la joie du service désintéressé. Nous devons toujours choisir quelle pulsion suivre et nous ne pouvons le faire de façon authentique qu’avec l’aide de l’Esprit du Christ. Saint Paul énumère — comme nous venons de l’entendre — les œuvres de la chair, ce sont les péchés d’égoïsme et de violence, tels que l’inimitié, la discorde, la jalousie, les désaccords; ce sont des pensées et des actions qui ne font pas vivre de façon véritablement humaine et chrétienne, dans l’amour. C’est une orientation qui conduit à la perte de sa vie. Au contraire, l’Esprit Saint nous guide vers les hauteurs de Dieu, pour que nous puissions vivre, déjà sur cette terre, le germe de vie divine qui est en nous. Saint Paul affirme en effet: «Le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix» (Gal 5, 22). Et notons que l’Apôtre utilise le pluriel pour décrire les œuvres de la chair, qui provoquent la dispersion de l’être humain, alors qu’il utilise le singulier pour définir l’action de l’Esprit, il parle de «fruit», exactement comme la dispersion de Babel s’oppose à l’unité de Pentecôte.Chers amis, nous devons vivre selon l’Esprit d’unité et de vérité, et nous devons prier pour cela afin que l’Esprit nous illumine et nous guide pour vaincre la fascination de suivre nos vérités, et pour accueillir la vérité du Christ transmise dans l’Eglise. Le récit de Luc de la Pentecôte nous dit que Jésus, avant de monter au ciel, demanda aux Apôtres de rester ensemble pour se préparer à recevoir le don de l’Esprit Saint. Et ceux-ci se réunirent en prière avec Marie, au Cénacle, dans l’attente de l’événement promis (cf. Ac 1, 14). Recueillie avec Marie, comme à sa naissance, l’Eglise encore aujourd’hui prie: «Veni Sancte Spiritus! — Viens, Esprit Saint, remplis les cœurs de tes fidèles et allume en eux le feu de ton amour!». Amen.
MESSE DU JOUR
RispondiEliminaPREMIÈRE LECTURE
« Tous furent remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 1-11)
Lecture du livre des Actes des Apôtres
Quand arriva le jour de la Pentecôte,
au terme des cinquante jours après Pâques,
ils se trouvaient réunis tous ensemble.
Soudain un bruit survint du ciel
comme un violent coup de vent :
la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière.
Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu,
qui se partageaient,
et il s’en posa une sur chacun d’eux.
Tous furent remplis d’Esprit Saint :
ils se mirent à parler en d’autres langues,
et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
Or, il y avait, résidant à Jérusalem,
des Juifs religieux,
venant de toutes les nations sous le ciel.
Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait,
ils se rassemblèrent en foule.
Ils étaient en pleine confusion
parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte
ceux qui parlaient.
Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient :
« Ces gens qui parlent
ne sont-ils pas tous Galiléens ?
Comment se fait-il que chacun de nous les entende
dans son propre dialecte, sa langue maternelle ?
Parthes, Mèdes et Élamites,
habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce,
de la province du Pont et de celle d’Asie,
de la Phrygie et de la Pamphylie,
de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène,
Romains de passage,
Juifs de naissance et convertis,
Crétois et Arabes,
tous nous les entendons
parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »
– Parole du Seigneur.
PSAUME
(Ps 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34)
R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit
qui renouvelle la face de la terre !
ou : Alléluia ! (cf. Ps 103, 30)
Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
la terre s’emplit de tes biens.
Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.
Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses œuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.
DEUXIÈME LECTURE
Elimina« Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu » (Rm 8, 8-17)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains
Frères,
ceux qui sont sous l’emprise de la chair
ne peuvent pas plaire à Dieu.
Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair,
mais sous celle de l’Esprit,
puisque l’Esprit de Dieu habite en vous.
Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ
ne lui appartient pas.
Mais si le Christ est en vous,
le corps, il est vrai, reste marqué par la mort
à cause du péché,
mais l’Esprit vous fait vivre,
puisque vous êtes devenus des justes.
Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts
habite en vous,
celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts
donnera aussi la vie à vos corps mortels
par son Esprit qui habite en vous.
Ainsi donc, frères, nous avons une dette,
mais elle n’est pas envers la chair
pour devoir vivre selon la chair.
Car si vous vivez selon la chair,
vous allez mourir ;
mais si, par l’Esprit,
vous tuez les agissements de l’homme pécheur,
vous vivrez.
En effet, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu,
ceux-là sont fils de Dieu.
Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves
et vous ramène à la peur ;
mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ;
et c’est en lui que nous crions
« Abba ! », c’est-à-dire : Père !
C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit
que nous sommes enfants de Dieu.
Puisque nous sommes ses enfants,
nous sommes aussi ses héritiers :
héritiers de Dieu,
héritiers avec le Christ,
si du moins nous souffrons avec lui
pour être avec lui dans la gloire.
– Parole du Seigneur.
SÉQUENCE
Viens, Esprit Saint, en nos cœurs
et envoie du haut du ciel
un rayon de ta lumière.
Viens en nous, père des pauvres,
viens, dispensateur des dons,
viens, lumière de nos cœurs.
Consolateur souverain,
hôte très doux de nos âmes,
adoucissante fraîcheur.
Dans le labeur, le repos ;
dans la fièvre, la fraîcheur ;
dans les pleurs, le réconfort.
Ô lumière bienheureuse,
viens remplir jusqu’à l’intime
le cœur de tous tes fidèles.
Sans ta puissance divine,
il n’est rien en aucun homme,
rien qui ne soit perverti.
Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride,
guéris ce qui est blessé.
Assouplis ce qui est raide,
réchauffe ce qui est froid,
rends droit ce qui est faussé.
À tous ceux qui ont la foi
et qui en toi se confient
donne tes sept dons sacrés.
Donne mérite et vertu,
donne le salut final,
donne la joie éternelle. Amen
ÉVANGILE
« L’Esprit Saint vous enseignera tout » (Jn 14, 15-16.23b-26)
Alléluia. Alléluia.
Viens, Esprit Saint !
Emplis le cœur de tes fidèles !
Allume en eux le feu de ton amour !
Alléluia.
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Si vous m’aimez,
vous garderez mes commandements.
Moi, je prierai le Père,
et il vous donnera un autre Défenseur
qui sera pour toujours avec vous.
Si quelqu’un m’aime,
il gardera ma parole ;
mon Père l’aimera,
nous viendrons vers lui
et, chez lui, nous nous ferons une demeure.
Celui qui ne m’aime pas
ne garde pas mes paroles.
Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi :
elle est du Père, qui m’a envoyé.
Je vous parle ainsi,
tant que je demeure avec vous ;
mais le Défenseur,
l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom,
lui, vous enseignera tout,
et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »
– Acclamons la Parole de Dieu.
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
RispondiElimina5 juin 2022
Dans la dernière phrase de l’Évangile que nous avons écoutée, Jésus fait une affirmation qui nous donne de l’espérance et en même temps qui nous fait réfléchir. Il dit aux disciples : « L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 26). On est frappé par ce « toute chose » et ce « tout » ; et nous nous demandons : dans quel sens l’Esprit donne-t-il cette compréhension nouvelle et complète à ceux qui le reçoivent ? Ce n’est pas une question de quantité ni une question académique : Dieu ne veut pas faire de nous des encyclopédies ou des savants. Non. C’est une question de qualité, de perspective, de flair. L’Esprit nous fait tout voir d’une manière nouvelle, selon le regard de Jésus. Je l’exprimerais ainsi : dans le grand cheminement de la vie, il nous enseigne par où commencer, quels chemins emprunter et comment marcher.Il y a l’Esprit qui nous dit par où commencer, quel chemin prendre et comment marcher, le style du “comment marcher”.
Premièrement : par où commencer. En effet, l’Esprit nous montre le point de départ de la vie spirituelle. Quel est-il ? Jésus en parle dans le premier verset d’aujourd’hui, où il dit : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements » (v. 15). Si vous m’aimez, vous garderez : c’est la logique de l’Esprit. On pense souvent l’inverse : si nous gardons, nous aimons. Nous sommes habitués à penser que l’amour découle essentiellement de notre observance, de nos compétences, de notre religiosité. Au lieu de cela, l’Esprit nous rappelle que, sans amour à la base, tout le reste est vain. Et que cet amour ne naît pas tant de nos capacités, cet amour est son don. Il nous enseigne à aimer, et nous devons demander ce don. C’est l’Esprit d’amour qui met de l’amour en nous, c’est lui qui nous fait nous sentir aimés et qui nous apprend à aimer. Il est le “moteur” – en quelque sorte – de notre vie spirituelle.C’est lui qui fait tout bouger en nous. Mais si nous ne commençons pas par l’Esprit ou avec l’Esprit ou à travers l’Esprit, on ne peut pas se mettre en route.
Lui-même nous le rappelle, car il est la mémoire de Dieu, Celui qui nous rappelle toutes les paroles de Jésus (cf. v. 26). Et l’Esprit Saint est une mémoire active, qui allume et ravive l’affection de Dieu dans le cœur. Nous avons fait l’expérience de sa présence dans le pardon des péchés, lorsque nous avons été remplis de sa paix, de sa liberté, de sa consolation. Il est essentiel de nourrir cette mémoire spirituelle. Nous nous souvenons toujours de ce qui ne va pas : résonne souvent en nous cette voix qui nous rappelle les échecs et les insuffisances, qui nous dit : “Regarde, encore une chute, encore une déception, tu n’y arriveras jamais, tu n’en es pas capable”. C’est un refrain mauvais et méchant. L’Esprit Saint, en revanche, en rappelle tout autrement : “Tu es tombé ? Mais, tu es fils. Tu es tombé(e) ? Tu es fille de Dieu, tu es une créature unique, choisie, précieuse, tu es tombé(e), mais tu es toujours aimé(e) : même si tu as perdu confiance en toi, Dieu te fait confiance ! ». C’est la mémoire de l’Esprit, ce que l’Esprit nous rappelle continuellement : Dieu se souvient de toi. Tu perdras la mémoire de Dieu, mais Dieu ne t’oublie pas : il se souvient continuellement de toi.
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--->.. Lui, le Consolateur, il est un esprit de guérison, il est Esprit de résurrection et il peut transformer ces blessures qui te brûlent à l’intérieur. Il nous apprend à ne pas effacer les souvenirs des personnes et des situations qui nous ont fait du mal, mais à les habiter de sa présence. Il a fait de même avec les Apôtres et avec leurs échecs. Ils avaient abandonné Jésus avant la Passion, Pierre l’avait renié, Paul avait persécuté les chrétiens : que d’erreurs, que de sentiments de culpabilité !Et nous, nous pensons à nos erreurs : que d’erreurs, que de sentiments de culpabilité ! Seuls, il n’y avait pas d’issue. Seuls, non ; avec le Consolateur oui. Parce que l’Esprit guérit les souvenirs : il guérit les souvenirs. Comment ? En remettant ce qui compte en tête de liste : le souvenir de l’amour de Dieu, son regard sur nous. Ainsi met-il de l’ordre dans la vie : il nous apprend à nous accueillir, il nous apprend à nous pardonner. Il n’est pas facile de se pardonner : l’Esprit nous enseigne cette route, il nous enseigne à nous réconcilier avec le passé. A recommencer.
EliminaEn plus de nous rappeler le point de départ, l’Esprit nous enseigne les chemins à emprunter. Il nous rappelle le point de départ, mais maintenant il nous enseigne quelle voie prendre. Nous l’apprenons de la deuxième Lecture, où saint Paul explique que ceux « qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu » (Rm 8, 14) « se conduisent non selon la chair mais selon l’Esprit » (v. 4). Autrement dit, l’Esprit, au carrefour de l’existence, suggère le meilleur chemin à suivre. Il est donc important de savoir discerner sa voix de celle de l’esprit du mal. Les deux nous parlent : apprendre à discerner pour comprendre où est la voix de l’Esprit, pour la reconnaître et suivre le chemin, suivre les choses qu’il nous dit.Donnons quelques exemples : l’Esprit Saint ne te dira jamais que tout va bien sur ton chemin. Il ne te dira jamais, parce que ce n’est pas vrai. Non, il te corrige, il t’amène aussi à pleurer tes péchés ; il te pousse à changer, à combattre tes mensonges et tes duplicités, même si cela demande des efforts, des luttes intérieures et des sacrifices. Le mauvais esprit, en revanche, te pousse à toujours faire ce que tu aimes et veux ; il t’amène à croire que tu as le droit d’utiliser ta liberté comme bon te semble. Mais alors, quand tu te retrouves avec le vide à l’intérieur – cette expérience de sentir le vide à l’intérieur est mauvaise : beaucoup d’entre nous l’ont ressenti ! – et toi, quand tu restes avec le vide à l’intérieur, il t’accuse : l’esprit mauvais t’accuse, il devient l’accusateur, et il te jette au sol, il te détruit. L’Esprit Saint, qui te corrige dans ton cheminement, ne te laisse jamais à terre, jamais, mais te prend par la main, te réconforte et t’encourage toujours.
HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI
RispondiEliminaBasilique vaticane
Dimanche 27 mai 2012
Chers frères et sœurs,
Je suis heureux de célébrer avec vous cette Messe, animée aujourd’hui par le chœur de l’Académie de Sainte-Cécile et par l’orchestre des jeunes — que je remercie — en la solennité de Pentecôte. Ce mystère constitue le baptême de l’Eglise, c’est un événement qui lui a donné, pour ainsi dire, sa forme initiale et l’impulsion pour sa mission. Et cette «forme» et cette «impulsion» sont toujours valables, toujours actuelles, et elles se renouvellent en particulier à travers les actions liturgiques. Ce matin, je voudrais m’arrêter sur un aspect essentiel du mystère de la Pentecôte, qui est pour nous toujours aussi important. La Pentecôte est la fête de l’union, de la compréhension et de la communion humaine. Nous pouvons tous constater que dans notre monde, alors même que nous sommes toujours plus proches les uns les autres avec le développement des moyens de communication et que les distances géographiques semblent disparaître, la compréhension et la communion entre les personnes est souvent superficielle et difficile. Il demeure des déséquilibres qui conduisent assez souvent au conflit; le dialogue entre les générations devient difficile et parfois l’affrontement prévaut; nous assistons à des événements quotidiens où il semble que les hommes deviennent plus agressifs et plus méfiants; se comprendre les uns les autres semble demander trop d’efforts, et on préfère rester dans son propre «moi», dans ses propres intérêts. Dans ce contexte, pouvons-nous trouver véritablement et vivre cette unité dont nous avons besoin?
Le récit de la Pentecôte dans les Actes des apôtres, que nous avons écouté dans la première lecture (cf. Ac 2, 1-11), contient en arrière-plan l’une des histoires fondamentales que nous trouvons au commencement de l’Ancien Testament: l’histoire antique de la construction de la Tour de Babel (cf. Gn 11, 1-9). Mais qu’est-ce que Babel? C’est la description d’un royaume où les hommes ont accumulé tant de pouvoir qu’ils pensent pouvoir s’affranchir d’un Dieu lointain et être assez forts pour pouvoir construire tout seuls un chemin qui s’élève jusqu’au ciel, pour en ouvrir les portes et prendre la place de Dieu. Mais précisément dans ces circonstances, il arrive quelque chose d’étrange et de singulier. Tandis que les hommes travaillaient ensemble pour construire la tour, ils ont soudain réalisé qu’ils étaient en train de construire les uns contre les autres. Tandis qu’ils tentaient d’être comme Dieu, ils couraient le risque de n’être même plus des hommes, car ils avaient perdu un élément fondamental de l’être de la personne humaine: la capacité de se mettre d’accord, de se comprendre et d’œuvrer ensemble.
Ce récit biblique contient une vérité éternelle; nous le voyons dans l’histoire, mais aussi dans le monde actuel. Avec le progrès de la science et de la technique, nous avons acquis le pouvoir de dominer les forces de la nature, de manipuler les éléments, de fabriquer des êtres vivants, parvenant presque jusqu’à l’homme lui-même. Dans ce contexte, prier Dieu semble quelque chose de dépassé, d’inutile, parce que nous pouvons construire et réaliser nous-mêmes tout ce que nous voulons. Mais nous ne nous apercevons pas que nous sommes en train de revivre l’expérience de Babel. C’est vrai, nous avons multiplié les possibilités de communiquer, d’obtenir et de transmettre des informations, mais peut-on dire que la capacité de se comprendre s’est développée ou bien, paradoxalement, que l’on se comprend toujours moins? Ne semble-t-il pas que se répand entre les hommes un sentiment de méfiance, de soupçon, de peur mutuelle, à tel point que les hommes deviennent même dangereux les uns pour les autres? Revenons alors à la question initiale: peut-il vraiment exister l’unité, la concorde? Et comment?
--->Cela signifie accueillir en soi-même l’Eglise tout entière ou, mieux encore, la laisser nous accueillir intérieurement. Aussi, lorsque je parle, je pense, j’agis comme chrétien, je ne le fais pas en m’enfermant dans mon «moi», mais je le fais toujours dans le tout et à partir du tout: ainsi l’Esprit Saint, Esprit d’unité et de vérité, peut continuer à agir dans nos cœurs et dans les esprits des hommes, les poussant à se rencontrer et à s’accueillir réciproquement. C’est précisément en agissant ainsi, que l’Esprit nous introduit dans la vérité tout entière, qui est Jésus, qu’il nous guide pour l’approfondir, la comprendre: nous ne grandissons pas dans la connaissance en nous enfermant dans notre «moi», mais seulement en devenant capables d’écouter et de partager, seulement dans le «nous» de l’Eglise, dans une attitude de profonde humilité intérieure. Les raisons pour lesquelles Babel est Babel et la Pentecôte est la Pentecôte sont ainsi plus claires. Là où les hommes veulent se faire Dieu, ils ne peuvent que se dresser les uns contre les autres. Là où, au contraire, ils se placent dans la vérité du Seigneur, ils s’ouvrent à l’action de son Esprit qui les soutient et les unit.
EliminaL’opposition entre Babel et Pentecôte est évoquée aussi dans la seconde lecture, dans laquelle l’Apôtre dit: «Laissez-vous mener par l’Esprit et vous ne risquerez pas de satisfaire la convoitise charnelle» (Gal 5, 16). Saint Paul nous explique que notre vie personnelle est marquée par un conflit intérieur, par une division, entre les pulsions de la chair et celles de l’Esprit; et nous ne pouvons pas toutes les suivre. En effet, nous ne pouvons pas être en même temps égoïstes et généreux, suivre la tendance à dominer les autres et éprouver la joie du service désintéressé. Nous devons toujours choisir quelle pulsion suivre et nous ne pouvons le faire de façon authentique qu’avec l’aide de l’Esprit du Christ. Saint Paul énumère — comme nous venons de l’entendre — les œuvres de la chair, ce sont les péchés d’égoïsme et de violence, tels que l’inimitié, la discorde, la jalousie, les désaccords; ce sont des pensées et des actions qui ne font pas vivre de façon véritablement humaine et chrétienne, dans l’amour. C’est une orientation qui conduit à la perte de sa vie. Au contraire, l’Esprit Saint nous guide vers les hauteurs de Dieu, pour que nous puissions vivre, déjà sur cette terre, le germe de vie divine qui est en nous. Saint Paul affirme en effet: «Le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix» (Gal 5, 22). Et notons que l’Apôtre utilise le pluriel pour décrire les œuvres de la chair, qui provoquent la dispersion de l’être humain, alors qu’il utilise le singulier pour définir l’action de l’Esprit, il parle de «fruit», exactement comme la dispersion de Babel s’oppose à l’unité de Pentecôte.Chers amis, nous devons vivre selon l’Esprit d’unité et de vérité, et nous devons prier pour cela afin que l’Esprit nous illumine et nous guide pour vaincre la fascination de suivre nos vérités, et pour accueillir la vérité du Christ transmise dans l’Eglise. Le récit de Luc de la Pentecôte nous dit que Jésus, avant de monter au ciel, demanda aux Apôtres de rester ensemble pour se préparer à recevoir le don de l’Esprit Saint. Et ceux-ci se réunirent en prière avec Marie, au Cénacle, dans l’attente de l’événement promis (cf. Ac 1, 14). Recueillie avec Marie, comme à sa naissance, l’Eglise encore aujourd’hui prie: «Veni Sancte Spiritus! — Viens, Esprit Saint, remplis les cœurs de tes fidèles et allume en eux le feu de ton amour!». Amen.